L'Entretien avec Marc Wagner - Le plaisir de peindre

Pour cette nouvelle édition de l’Entretien, Art Work Circle est allé à la rencontre du peintre luxembourgeois Marc Wagner entre les murs de la galerie Fellner Contemporary où il présente actuellement l’exposition “Grande réserve” jusqu’au 24 février. L’occasion de parler de couleurs et d’expérimentation.

Présentez-vous en quelques mots :

J’aime observer, regarder, contempler. J’adore me retrouver devant un défi, même s’il est difficile et trouver des solutions.

C’est aussi pour ça que je peint des grands tableaux, bien que je sache que c’est difficile à vendre, je le fais parce que c’est un défi et ça me fait plaisir. Le défi, la création, l’expérimentation, tout ça décrit un peu mon caractère.

Quand et comment êtes-vous entré en contact avec l’art ?

Quand nous étions enfants avec mes frères, ma mère cuisinait beaucoup de pâtes de la marque Soubry…Je ne sais pas si ça existe encore. Sur les paquets de nouilles il y avait des bons à collectionner avec lesquels on pouvait commander des reproductions d’artistes, de toute l’Histoire de l’art. Du classique, de l’ancien jusqu’au contemporain… enfin au moderne dans le temps, puisque c’était dans les années 50. Il y avait toujours une sélection de quatre reproductions d’œuvres d’un artiste. Avec mes frères on choisissait l’artiste et mon père passait commande. Une fois c’était Rembrandt, une fois Picasso, une autre fois Magritte, Michel-Ange, un peu de tout. C’étaient de belles reproductions en format A4 avec un texte explicatif pour chaque œuvre, qu’on rassemblait dans des albums. On en avait tout un tas, qu’on regardait beaucoup, on est devenus mordus… C’est une des raisons pour lesquelles avec un de mes frères, Pit Wagner, on est devenus artistes. Voilà mon premier contact avec l’art. Il faut dire que mon père avait aussi fait quelques aquarelles, qui n’étaient pas mal !

Parlez-nous de votre démarche artistique :

Ma démarche artistique c’est d’abord regarder, contempler. Quand je vois quelque chose qui m’intéresse ou que j’ai une idée j’y réfléchis longtemps
avant de faire
quelques croquis sur papier, ensuite je travaille en digital sur iPad, et pour finir je le transmets de manière analogue sur la toile.
Tous les tableaux sont des projets a part c’est pour ça qu’ils sont assez différents les uns des autres. Il y a une ligne directrice dans le style, mais si on les regarde bien ils sont tous différents concernant le concept et le sujet.

Ou trouvez-vous votre inspiration ?

Souvent en me promenant. Mais aussi parfois j’ai comme des flashs qui me viennent. Par exemple avec My Umbrella, my castle (cf photo) c’est une idée qui m’est venue. Toutes les idées ne trouvent pas leur place et ne deviennent pas toujours un tableau. L’inspiration vient aussi d’autres artistes, par exemple Matisse, David Hockney, Peter Doig, Alex Katz et beaucoup d’autres. On me dit souvent qu’il y a un aspect naïf dans mes œuvres comme chez le Douanier Rousseau mais ce n’est pas vraiment une source d’inspiration.

Quels messages/émotions souhaitez-vous transmettre à travers vos œuvres ?

Je n’ai pas de message précis mais je crois que c’est mon caractère et mon intuition qui se retrouvent sur mes toiles. On me dit toujours qu’elles sont très colorées et reflètent de l’optimisme, qu’il y a de la joie de vivre qui en émane. Ce qui est paradoxal car en réalité mon esprit est très critique, je suis une personne assez critique et sceptique mais ce n’est pas ce qui ressort dans mes tableaux. Il n’y a pas vraiment de message mais des métaphores cachées.

Si vous deviez choisir une œuvre dont vous êtes le plus fier, pourquoi ?

Franchement il n’y a pas d’œuvre particulière dont je suis plus fier que d’autres mais je suis quand même un peu fier de tout ce que j’ai réalisé, sans être prétentieux, je suis assez modeste. Peut-être je suis un peu fier d’avoir osé concevoir des tableaux qu’on peut tourner et qu’on peut regarder à l’envers, ce qui donne une perception différente (exemple, My Umbrella, my castle)

Il y a tout de même un projet particulier qui me vient à l’esprit. Ma fille est biologiste marine à Mayotte et avec leur centre ils font chaque année un projet artistique, elle m’a demandé de peindre un mur.
C’était une fresque de 11 mètres sur 2,5m plus ou moins. J’ai fait la préparation, et je l’ai réalisé en moins de trois jours sous un soleil accablant, on a dû me tenir un parasol pour travailler (rires) puis il y a eu une grosse pluie tropicale alors toute la peinture a coulée mais je ne me suis pas laissé décourager. Je suis allé boire un café le temps que ça passe et j’ai repris. En trois jours c’était terminé ! C’était un projet participatif et didactique avec des enfants en difficulté. J’ai peint des coraux sains avec des poissons, de belles couleurs, des tortues marines et sur l’autre partie du mur les coraux sont envahis par les déchets, une machine à laver, des pneus etc. J’étais assez fier de réaliser ce projet dans des conditions difficiles en moins de trois jours dont une demi-journée avec des enfants. Il y avait eu un reportage à la télé.

Quels sont vos futurs projets ?

Je dois réaliser deux commandes et préparer une exposition. L’année sera bien remplie !

Quelle est la première chose que vous avez fait ce matin ?J’ai réfléchi à l’organisation de ma journée

Quel est le sujet de votre travail en un mot ? Evoluer

Vous ne quitteriez jamais votre domicile sans… Mes clés et ma carte de crédit

Votre happy place : La famille, l’atelier, la nature

Votre plaisir coupable : Un bon repas

Votre mot préféré : Amour

Quel est votre projet rêvé : Continuer ce que je fais parce que ça me passionne. Mais il y a deux aspects, du côté privé c’est d’être avec la famille, le projet professionnel rêvé serait de pouvoir continuer à expérimenter.

 

Propos recueillis par Art Work Circle
Crédits photos : Christof Weber, Marc Wagner