Prix d’Art Robert Schuman 2018 – Interview avec Fanny Weinquin, commissaire pour la Ville de Luxembourg

Interview par Art Work Circle

Le Prix d’Art Robert Schuman est de retour cette année et aura lieu à Metz. Ce Prix rend hommage à Robert Schuman (1886-1963) et a pour vocation d’encourager la création artistique au Luxembourg et dans la Grande Région. Il est organisé tous les deux ans depuis 1991 par une des villes du QuattroPole. 10.000 euros sont offerts par un jury indépendant à l’artiste gagnant sur 16 artistes participants. Nous avons interviewé Fanny Weinquin, historienne de l’art et commissaire nommée pour la Ville de Luxembourg et responsable de la sélection des artistes luxembourgeois.
Fanny Weinquin, historienne de l'art et commissaire du Prix Robert Schuman 2018 pour la Ville de Luxembourg, photographiée par Miikka Heinonen. Photo ©Miikka Heinonen.

Comment s’est déroulé le commissariat du Prix ?

Je trouve qu’il y a eu une très bonne entente entre les commissaires, de bons échanges et des débats ouverts dès le début, en vue de créer avant tout une belle exposition collective d’art contemporain. C’est intéressant de découvrir les approches sensiblement différentes entre les quatre villes du QuattroPole.

Comment s’est déroulée la collaboration avec les artistes ?

Elle a été très bonne. Après avoir visité les trois espaces d’expositions à Metz qui sont tous très différents les uns des autres – une galerie d’exposition d’une école d’art, une église et une salle d’exposition plus classique – les artistes luxembourgeois ont rapidement fait des propositions d’œuvres et engagé des nouvelles productions en fonction des lieux. Le projet en soi, la visibilité transfrontalière, les lieux, le prix…tous ces facteurs ont motivé les artistes et cela a rendu notre travail très agréable. De façon plus pratique, nos échanges se sont beaucoup faits par rendez-vous au Luxembourg, par téléphone, Skype et emails aussi, étant donné que trois des quatre artistes sont installés à l’étranger.

 

«Un des aspects importants de mon choix, était de présenter quatre univers très différents et des médiums artistiques variés, comme pour illustrer la diversité des artistes luxembourgeois. »

 

Comment as-tu fait la sélection des artistes ?

J’ai évidemment choisi de travailler avec des artistes qui me touchent personnellement. Mais je pense aussi et surtout que chacun se situe à un moment charnière de sa carrière d’artiste. Cette exposition va les encourager dans leurs démarches respectives et pourrait leur ouvrir de nouvelles portes…Un des aspects importants de ce choix était de présenter quatre univers très différents et des médiums artistiques variés, comme pour illustrer la diversité des artistes luxembourgeois. J’ai donc invité Justine Blau, Chantal MaquetMary-Audrey Ramirez et Daniel Wagener à participer.

Pourquoi ces choix ?

J’aime le rapport au temps, à la nature, au cycle de la vie dans le travail de Justine Blau, sa remise en question permanente de l’image vue, perçue, vécue, puis extraite, transformée et transmise. A travers des techniques très variées, elle stimule un dialogue entre l’artificiel et le naturel, reliés par l’intervention humaine. C’est une artiste minutieuse, qui intellectualise la notion de nature, voudrait à la fois garder le contrôle, puis…lâcher prise sur son travail. Elle a une approche  expérimentale qui a un fort potentiel narratif !

Justine Blau, "A for Acorn, B for Buttercup, C for Conker", 2018. Photo © Justine Blau.

Je suis le travail de Chantal Maquet depuis sa première exposition au CAL en 2011. Ses œuvres me font voyager dans le temps, mais pas seulement. Les conventions sociales, la distribution parfois très théâtrale des rôles entre hommes et femmes, au sein d’un groupe ou dans le cocon familial, autant de sujets qui définissent notre rapport au monde. Et puis je dois avouer que j’aime profondément la peinture, ce qui s’explique très probablement par mes études en histoire de l’art ancien.

Le travail de Mary-Audrey Ramirez que j’ai découvert récemment m’interpelle beaucoup. J’ai eu un coup de cœur pour ses sculptures d’animaux qui peuvent être activées lors de performances et interagissent à travers des séances de saut à l’élastique ou de jeux en vogue sur les réseaux sociaux. Elles ont une existence propre, à la façon d’automates dans des situations incongrues qui se réactivent par le biais d’applications. Son univers animal lui permet pourtant de mener une réflexion sur le rapport entre les hommes, la solitude, la communication.

Ce que j’aime chez Daniel Wagener, c’est  ce « regard vagabond » qu’il pose sur les choses, une attention aux détails, qui est parfois très ludique, comme les non-sens dans la rue. Le contexte urbain est dénué de présence humaine, mais comporte autant de traces laissées par l’homme. De façon énigmatique, l’artiste explore l’urbanisme et l’architecture, fait ressortir les lignes et les structures et dévoile ce qui se cache au sein même des façades.

As-tu remarqué certaines tendances particulières chez les différents artistes ?

Je les ai justement choisis parce qu’ils développent des univers très différents les uns des autres. Ils ont aussi des manières de travailler très différentes. Ce qu’ils ont en commun ? Ils questionnent notre rapport au monde suivant des moyens formels avant tout figuratifs…Et puis leur ancrage au Luxembourg, qui leur offre de très belles opportunités professionnelles alors même qu’ils vivent à l’étranger et suivent plutôt une voie internationale

La Ville de Luxembourg n’a pas remporté le Prix depuis 2001 avec Su-Mei Tse. Penses-tu qu’elle a une chance cette année ?

Oui ! Je pense que les artistes luxembourgeois ont toutes leurs chances de gagner ce prix. En tout cas, je trouve qu’ils ont tous mené un excellent travail et proposent des œuvres qualitatives et des démarches très intéressantes. Il faut donc y croire !

La participation luxembourgeoise

Biographies

Justine Blau
Vidéo, installation, sculpture www.justineblau.com

Dans son travail sur l’image, Justine Blau part à la recherche d’un ailleurs, explore de nouveaux territoires et nous ouvre des perspectives inattendues. Pour le Prix d’Art Robert Schuman, elle s’interroge sur le phénomène de l’extinction et de la dé-extinction des espèces végétales.

Née en 1977 à Luxembourg, Justine Blau se forme à l’Ecole supérieure des arts décoratifs de Strasbourg, puis au Wimbledon College of Art de Londres. En 2010, elle remporte une commande publique pour la ville de Manchester (The Circumference of the Cumanan Cactus), participe à la Triennale Jeune Création et est invitée au Künstlerhaus Bethanien à Berlin. Ces dernières années, Justine Blau a pu présenter ses œuvres lors d’expositions collectives à la Villa Vauban, au Noorderlicht Festival, au Somerset House, à la National Gallery of Iceland, au MNHA et au Frac Lorraine. Sans oublier ses solo shows au Centre d’art Dominique Lang (Los primeros emprendores, 2012) et au CAPE d’Ettelbruck (Don’t panic, 2015). Ayant récemment remporté une bourse du CNA, elle va pouvoir approfondir les recherches entamées pour le Prix d’Art Robert Schuman.

Chantal Maquet
Peinture www.chantal-maquet.com

En gommant les frontières du temps, Chantal Maquet explore un univers construit sur l’apparence, où les contours de la réalité s’avèrent flous. Ses mises en scènes, nourries d’un vif intérêt pour le théâtre, sont imaginées au gré des albums photo parcourus et des histoires familiales revisitées.

Née en 1982 au Luxembourg, Chantal Maquet suit une formation artistique à Hambourg, où elle réside actuellement. Parmi les projets transfrontaliers auxquels elle participe, figure en 2012 Artmix7, échange entre 4 artistes de Luxembourg et de Sarrebruck autour d’une exposition collective dans les deux villes. Sélectionnée au Salon du Cercle artistique de Luxembourg en 2011, 2012 et 2014, elle gagne en 2015 sa première résidence d’artiste à Bourglinster grâce au Ministère de la Culture. Dans la foulée, Chantal Maquet décroche une résidence à la Cité internationale des arts à Paris et une exposition individuelle au Centre d’art Dominique Lang de Dudelange. Sa récente participation à la Triennale Jeune Création et la Bourse Francis André (résidence, exposition à Luxembourg) lui donnent une nouvelle visibilité sur la scène artistique de la Grande Région.

Mary-Audrey Ramirez
Installation, performance  www.maryaudreyramirez.com

Dotés de propriétés sociales ou mentales, les animaux de Mary-Audrey Ramirez mettent en exergue notre rapport à la nature, à la société, à la famille. Extraits de leur habitat naturel, les petites bestioles, les flamants roses et la raie, se voient rassemblés dans un contexte d’exposition complètement artificiel.

Née en 1990 à Luxembourg, Mary-Audrey Ramirez se forme auprès de l’Universität der Künste de Berlin tout en réalisant un semestre auprès de la Glasgow School of Art. En 2014, l’étudiante remporte l’International Takifuji Art Award ainsi que le prix de la fondation Ursula Hanke- Förster. Avant même d’avoir terminé ses études, elle est représentée par la jeune galerie Martinetz de Cologne. Les curateurs Veit Loers et Zdenek Felix repèrent rapidement son talent et son travail est inclus dans Metamorphosis à Prague, Berlin et Düsseldorf ainsi que dans Aftermieter au Haus Mödrath à Kerpen. N’ayant jamais exposé au grand-duché, l’artiste est invitée par le Casino Luxembourg, Forum d’art Contemporain à participer à l’exposition collective Black/Box(es) à la galerie Faux-Mouvements de Metz. Ayant terminé une résidence d’artiste à Vienne fin 2017, l’artiste est retournée vivre à Berlin.

Daniel Wagener
Photographie www.danielwagener.com

Au cours de ses déambulations, Daniel Wagener collectionne les traces fortuites tout comme les banalités du quotidien. Il n’aime pas beaucoup photographier l’être humain et lui privilégie la pierre, l’arbre et l’égout. Des traces et références urbaines d’un lieu où l’homme vit, produit, salit.

Né en 1988, Daniel Wagener obtient un Bachelor en communication visuelle auprès de la Berliner Technische Hochschule, puis un Master en photographie auprès de l’Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles. Depuis lors, il multiplie ses engagements entre la capitale belge et le Luxembourg. Fasciné par les techniques de reproduction, il travaille auprès d’un atelier de risographie, enseigne la photographie et répond à certaines commandes en tant que graphiste. Ces activités ne l’empêchent de développer des projets artistiques présentés au Cercle Cité Luxembourg, à la fondation Moonens Bruxelles, à la Triennale Jeune Création, aux Rencontres d’Arles et lors d’une exposition individuelle à la Galerie Nei Liicht. Grâce au prix Edward Steichen en novembre 2017, Daniel Wagener vient de remporter une résidence artistique de 4 mois à New York.

Fanny Weinquin : commissaire d’exposition pour le Luxembourg

Née en 1985 au Luxembourg, Fanny Weinquin est diplômée en histoire de l’art ancien. En 2012, elle se réoriente vers l’art contemporain lorsqu’elle prend en charge le volet artistique du festival de musique et d’art luxembourgeois Food For Your Senses. Adjointe à la gestion des collections depuis 2011 auprès des 2 Musées de la Ville de Luxembourg (à mi-temps), elle participe à la création de la Wild Project Gallery, galerie d’art contemporain à Luxembourg où elle travaille pendant 2 ans. Depuis 2017, elle se consacre de façon plus conséquente à l’accompagnement d’artistes dans des projets de publication ou d’exposition, est invitée aux jury du CAL et de INTRO. Installée depuis peu à Metz, elle souhaite déclencher plus de rencontres transfrontalières entre les artistes, les publics et les lieux ayant l’envie de les accueillir. Ainsi, sa nomination en tant que commissaire luxembourgeoise rejoint parfaitement les objectifs du Prix d’Art Robert Schuman, porté par le QuattroPole.

Les autres sélections

Metz
Artistes : François Bellabas, Morgane Britscher, François Génot, Julie Luzoir. Commissariat : Nathalie Filser.

Sarrebrück
Artistes : Katharina Hinsberg, Gertrud Riethmüller, François Schwamborn, Thilo Seidel. Commissariat de Andrea Jahn & Kamila Kolesniczenko.

Trèves
Artistes: Klaus Maßem, Werner Müller, Matthias Platz, Salman Rezaï. Commissariat de Sebastian Böhm.

L’édition 2018 du Prix est une production de la Ville de Metz en partenariat avec le réseau QuattroPole, l’Esal et la Cité musicale-Metz.

Le catalogue de l’exposition est réalisé par l’artiste luxembourgeois Marco Godinho.

Exposition du Prix d’Art Robert Schuman 2018. Vernissage jeudi 18 janvier 18h. Exposition du 19 janvier au 4 mars 2018. Horaires d’ouverture : Du mardi au samedi /
Di-Sa de 13h à 18h Dimanche / So de 14h à 18h. Plus d’infos : citemusicale-metz.fr, www.metz.fr, www.quattropole.org/

Lieux d’exposition :
Galerie d’exposition de l’Ecole Supérieure d’Art de Lorraine (ESAL), 1 rue de la Citadelle, F-57000 Metz.

Arsenal, Cité-Musicale, 3, Avenue Ney, F-57000 Metz.
Eglise Saint-Pierre-aux-Nonnains, 1 rue de la Citadelle, F-57000 Metz.

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