L’Entretien avec Sandra Lieners – l’art comme mode de vie

Pour cette cinquième publication de la rubrique « LEntretien », Art Work Circle a rencontré l’artiste luxembourgeoise Sandra Lieners. L’occasion de découvrir sa démarche artistique et ses futurs projets. 
Les œuvres de Sandra Lieners sont disponibles à lachat et à la location sur Art Work Circle depuis 2015.

Présentez-vous en quelques mots.

Je suis une artiste peintre basée au Luxembourg depuis 5 ans et je travaille en tant qu’artiste professionnelle indépendante depuis cette année.
J’ai fait mes études à Vienne, à l’Université des Arts Appliqués et à Florence, à l’Académie des Beaux-Arts.

Quand et comment êtes-vous entrée en contact avec lart ?

Depuis tout petite, j’ai toujours eu tendance à créer des choses avec mes mains dans le but de m’exprimer, cela fait partie de ma nature. C’est une démarche très personnelle, un peu comme une force interne qui me permet d’explorer en profondeur du matériel ou d’autres sujets.
Mais mon véritable contact avec l’art, c’est lorsque je suis rentrée dans l’atelier de peinture à l’université de Vienne. J’étais tellement émue par tout cet espace, toutes ses peintures, etc. C’était pour moi, un véritable moment révélateur où j’ai compris que c’était ce que je voulais faire plus tard. Par après, je n’ai plus jamais quitté le milieu artistique.

Parlez-nous de votre démarche artistique.

Le processus créatif selon Wallas distingue quatre phases différentes dans la création que je peux aussi reconnaitre dans ma façon de travailler. Les phases ne se suivent pas toujours d’une manière linéaire/stratégique mais elles décrivent très bien les différents états d’esprit que j’attribue dans mon travail :

  • La première est la phase de préparation, c’est le moment où je choisis le thème dans lequel je veux faire mes recherches et où j’explore en profondeur les sujets que je veux traiter.
  • L’incubation est la deuxième phase et c’est l’une de mes préférées car c’est un travail inconscient mais constant. C’est une façon passive de penser aux sujets qui m’ont obsédé dans la première phase.
  • Ensuite la troisième phase est l’illumination, c’est le moment où je choisis les sujets et que je les visualise dans ma tête. Cette illumination déclenche la production. Dans mon cas, elle est très ciblée car j’ai déjà un objectif défini sur la façon dont je vais réaliser mes œuvres. Pendant la production, il y a aussi cette interaction entre le concept et l’élément surprise car il y a toujours des imprévus.
  • La dernière phase est la vérification, le but étant de prendre du recul sur l’œuvre créée pour analyser le travail global, le positionnement de cette œuvre et aussi la manière de la mettre en relation avec l’image globale de mon travail.

Où trouvez-vous votre inspiration ?

Pour moi l’inspiration n’est pas quelque chose que je trouve. Ce n’est pas une influence extérieure qui me frappe comme par magie. Mon inspiration vient plutôt de l’intérieur, c’est un état d’esprit et un mode de vie mais elle peut être déclenchée ou renforcée par d’autres facteurs. Je fréquente beaucoup de musées et d’expositions afin de voir comment les autres artistes développent leurs idées. L’art d’aujourd’hui serait différent sans l’art qui a été fait il y a 5 jours, 50 ans, 500 ans. J’aime l’art, j’aime regarder l’art, lire sur l’art, écrire sur l’art. C’est vraiment une grande passion.
Je n’ai pas vraiment peur de la page blanche, au contraire, j’adore la page blanche et toutes ses possibilités.

Quel(le) message/émotion souhaitez-vous transmettre à travers vos oeuvres ?

Dès que j’expose mes œuvres, je n’ai pas de contrôle absolu sur la signification des œuvres. L’art ne peut être contrôlé, c’est quelque chose de très subjectif et c’est là toute sa beauté. Je fais de la peinture conceptuelle et j’essaie d’orienter les pensées vers ces thèmes qui m’intéressent mais le public peut avoir une réaction personnelle.
Je suis toujours jalouse de ce regard nu que je ne peux plus avoir car je suis trop investie dans mon travail. Ces regards peuvent révéler un autre aspect de mon travail que je n’avais pas vu auparavant. Je n’aime pas cette idée de l’art qui n’a qu’une seule vérité que l’artiste impose. Je le vois plutôt comme une forme de communication.

Avez-vous un souvenir de création que vous aimeriez partager ?

J’aime beaucoup les moments inattendus qui peuvent se produire lorsque je suis dans mon atelier.
Et c’est le cas avec cette œuvre : « 18.28 » de la série « The Light », que j’ai réalisé pour une exposition solo en novembre 2020 à la galerie Fellner Contemporary. C’est un diptyque avec une partie à l’huile et l’autre partie comme témoin. Le but de la série était de donner l’illusion de la lumière avec la couleur, c’était très sphérique et très flou.
À un moment donné, je n’étais pas satisfaite de la teinte de la couleur bleu. J’ai donc pris le textile du futur témoin et j’ai effacé une partie de la couleur avec le textile. Puis j’ai continué à peindre et quand j’ai eu fini l’œuvre, j’ai voulu tendre le textile pour créer le dyptique et il y avait comme une empreinte parfaite de ma main avec cette couleur, une trace personnelle dans l’œuvre. C’était très révélateur car cela m’a rappelé les premières peintures rupestres avec les traces de mains sur les murs.

Si vous deviez choisir UNE oeuvre dont vous êtes la plus fière ? Pourquoi ?

J’espère que je répondrai toujours à cette question avec une œuvre récente. En effet, le but pour moi est de me développer constamment et de garder un enthousiasme autour de ma production. C’est une des toiles que j’ai réalisée dans la résidence où je me trouve actuellement (ndlr : Sandra est actuellement dans une résidence d’artiste en Slovénie), c’est la plus grande que j’ai jamais réalisée, elle se nomme « Syndrome de Florence ». Elle incarne le temps que j’ai passé à étudier à Florence, ma relation avec l’histoire de l’art et notre relation aux œuvres d’art iconiques.
C’est une peinture qui sera exposée pour la première fois en décembre 2021 à la galerie Ceysson Bénétière lors de l’exposition « Interlude – Echos ».

Quels sont vos futurs projets ?

Je prépare actuellement mon exposition de fin de résidence, « Fragments », en Slovénie à la Galeria Gornji Grad.
Ensuite, j’exposerai pour la Luxembourg Art Week au Stand Fellner Contemporary.
Comme évoqué précédemment, j’exposerai aussi chez Ceysson&Bénétière avec Robert Brandy. L’ouverture de l’exposition se déroulera le 11 décembre 2021.
Je prépare également une exposition pour Esch 2022 (1) à la galerie Schlassgoart en duo avec la photographe Martine Pinnel, on va créer des œuvres ensemble pour inter-mélanger la peinture et la photographie. Cette exposition débutera en mai 2022 et montrera le travail de trois duos d’artistes en collaboration avec le CAL (2) et la curatrice Anne Reding. Nous travaillons aussi actuellement pour réaliser un catalogue pour cette exposition.

  • Quelle est la première chose que vous avez fait aujourd’hui ? J’ai snoozé 3 fois mon réveil (rire) 
  • Quel est le sujet principal de votre travail en un mot ? Dualité
  • Vous ne quitteriez jamais votre domicile sans… Mes clés
  • Votre “happy place” ? N’importe où mais en compagnie des gens que j’aime
  • Votre mot préféré ? Seejomes (ndlr : fourmis en luxembourgeois)
  • Votre plaisir coupable ? La glace à la vanille avec de l’huile d’olive et du sel (rire)
  • Quel est votre projet rêvé ? Peindre le plafond de la chapelle Lieners qui a été construite par mes ancêtres à Uewereesbech.

(1) Esch-sur-Alzette a été élue Capitale européenne de la culture 2022
(2) Cercle Artistique de Luxembourg