L’Entretien avec Gilles Kutten – la création comme mécanisme de survie

Dans cette nouvelle édition de la rubrique « L’Entretien », Art Work Circle a discuté avec le dessinateur luxembourgeois Gilles Kutten. L’occasion de parler d’ambition et de démarche artistique. 

Présentez-vous en quelques mots : 

Gilles Kutten, artiste en herbe, prof, parent, homme de ma femme. Je dis toujours artiste en herbe parce que je ne me considère pas encore comme un artiste accompli.

Quand et comment êtes-vous entré en contact avec l’art ?

Très jeune. Ca a commencé avec ma grand-mère qui aimait les petits dessins de voitures futuristes que je faisais, et ça a continué en école. J’ai toujours dessiné, tous mes livres étaient pleins de dessins. Je me suis intéressé à l’art grâce à ma mère qui faisait de la peinture sur de la porcelaine, de la soie etc.
C’est à l’âge de 17/18 ans que ça a commencé à prendre de l’ampleur, j’ai commencé à lire sur des artistes, aller dans des musées… Par extension, ce que je faisais prenais plus d’ampleur aussi, je dessinais pour le magazine de l’école par exemple. Puis j’ai continué jusqu’à devenir artiste en herbe et professeur d’art plastique.

Parlez-nous de votre démarche artistique ?

A vrai dire, je ne sais pas, quand j’entends les autres artistes parler de leur démarche artistique je me dis que je suis une fraude ! (rires)

Ma démarche artistique, c’est de me dire « j’ai une idée, il faudrait la dessiner ».
Parfois c’est une idée concrète, parfois je retourne à des choses que j’ai déjà faites, des caractères ou des façons de faire, comme la série avec les visages de femmes. Sinon, et ce que je dis toujours à mes étudiants, c’est qu’il faut beaucoup de visuel, voire beaucoup de chose, s’en faire un trésor dans lequel on peut piocher pour s’inspirer. Je regarde toujours autour de moi, j’essaye de repousser les frontières du dessin, et de ce qui m’intéresse dans le dessin. J’aime explorer l’espace sur une surface bidimensionnelle. Je n’ai pas vraiment de philosophie, je le fais pour le faire. C’est un peu surréaliste, je ne réfléchis pas quand je le fais mais je le fais. C’est pour ça qu’une de mes inspirations principales vient de Max Ernst et de l’écriture semi-automatique. Au début je ne sais pas encore ce que je fais mais il y a des idées, des dialogues qui se forment d’eux-mêmes.

Quels messages/émotions souhaitez-vous transmettre à travers vos oeuvres ?

Il y en a plusieurs. Le premier, c’est un message de la vie mais aussi de la mort. C’est l’optimisme nihilistique : toujours confronter l’humain au fait qu’il est présent pour un court laps de temps. L’autre chose, c’est d’amuser l’œil. J’ai une grande exposition en ce moment, et quand je regarde les gens qui essayent vraiment d’analyser les œuvres, ils sont concentrés, ils discutent et essaye de comprendre ce que j’ai fait …et ça m’amuse beaucoup parce que moi-même, souvent, je ne sais pas ce que j’ai fait ! (rires)
Ils se font une idée, géniale, c’est toute une histoire qui commence à se faire. Moi j’ai une idée, un dialogue dans ma tête en créant et chez eux ce devient presque un monstre de réflexion et je trouve ça super intéressant. Le dessin me force un peu, à être cette personne patiente, organisée, assidue… Plus je dessine, plus je suis calme. C’est presque Un mécanisme de survie, c’est aussi un message des œuvres.

Avez-vous un souvenir de création que vous aimeriez partager ?

Oui mais ça n’est pas vraiment un bon souvenir.
C’était pour une installation que j’avais faite aux rotondes « the Moon ». C’était énorme, 200 morceaux de papiers, découpés pour faire une scène, déployés sur 4 mètres de long. J’ai travaillé dessus pendant deux mois, je n’ai fait que ça. C’était une vraie réussite, j’ai eu beaucoup de demande pour le refaire mais je ne le referais jamais. J’ai perdu deux mois de ma vie là-dessus, mes enfants étaient encore jeunes, c’était les grandes vacances mais j’étais concentré uniquement sur mon installation et je ne veux pas faire ça. 
Dans mes dessins, je parle du fait que la vie est courte alors quand je dessine je me rappelle aussi que je ne dois pas faire que ça, c’est un équilibre difficile à trouver.
C’est un souvenir de création particulier car il me rend fier et me rappelle qu’il faut trouver un équilibre, observer le contraste entre les choses, la mort, la vie, le beau, le laid, l’organique et le géométrique…

Si vous deviez choisir une oeuvre dont vous êtes le plus fier ? Pourquoi ?

Ca c’est facile … mes enfants. (rires)

Quels sont vos futurs projets ?

Je participe à Augenschmaus’ creator market, les 17 et 18 septembre à Bergem.
Ensuite je suis en train de planifier deux expositions avec des artistes différents ;
L’une avec l’artiste Zahrée, qui est un artiste de Vianden. On s’est rencontrés lors de mon exposition à Clervaux, on s’est très vite compris et décidé de faire une expo ensemble. Je participerai aussi, au tour de l’art de Vianden. Une fois par an la commune organise un tour de l’art à pied, à travers la ville, où des locaux (hall, garages, maisons) sont prêtés aux artistes pour exposer.
L’autre avec Mathis Toussaint, lui aussi est un dessinateur, on ne sait pas encore où et quand mais un projet commun est à venir !

  • Quelle est la première chose que vous avez fait ce matin ? Je me suis levé
  • Quel est le sujet principal de votre travail en un mot ? Moi  
  • Vous ne quitteriez jamais votre domicile sans… Mon portable 
  • Votre “happy place” ? Ma maison
  • Votre mot préféré ? « Bunt » (Multicolore en allemand)
  • Votre plaisir coupable ? Les jeux vidéo
  • Quel est votre projet rêvé ? Je suis en train de le vivre !