L’Entretien avec Gery Oth – la traduction de l’inconscient par l’image

Dans cette nouvelle édition de la rubrique « L’Entretien », Art Work Circle a discuté avec le photographe Gery Oth. L’occasion de parler de passion et de souvenirs de création. 

Présentez-vous en quelques mots : 

Je vis comme artiste visuel, de façon consciente ou inconsciente, je remarque des choses autour de moi et j’aime les transmettre en images. C’est mon langage préféré, celui que j’utilise tous les jours, ça fait partie de mon ADN depuis toujours. Je suis quelqu’un de très visuel qui exprime tout son conscient et tout son inconscient par des images. Je suis aussi énormément inspiré par toutes les images autour de moi.

Quand et comment êtes-vous entré en contact avec l’art ?

Je suis né dans un entourage imprégné par une esthétique, une présence artistique quasi-quotidienne. J’avais un grand-père qui faisait de la musique et qui était aussi photographe, ma mère dessinait beaucoup et partout, ma marraine nous faisait visiter énormément d’endroits avec des architectures parfois curieuses. Ça m’a constamment stimulé et motivé depuis mon enfance, j’ai essayé de suivre ce chemin et je suis resté très curieux. La première photo, je l’ai faite à onze ans avec un vieil appareil Zeiss super Ikonta, format 6×9 cm. J’ai commencé tout de suite à développer les pellicules avec un autre photographe ici à Luxembourg et j’ai ainsi découvert le vrai travail dans la chambre noire. Donc une cuvette avec un liquide, ou l’on met une feuille blanche et une photographie apparait, pour moi c’était magique et ça ne m’a plus lâché depuis. Ce qui m’a motivé le plus, c’était la curiosité. Elle me pousse encore aujourd’hui si je dois être très honnête, à progresser, à rester très ouvert aux choses qui m’entoure de loin et de près. 

Parlez-nous de votre démarche artistique ?

La démarche, je ne peux pas la définir. J’aime exprimer de façon consciente ou inconsciente mon vécu à travers les images. C’est souvent le deuxième regard qui ouvre l’interprétation, qui enrichit le recul vis-à-vis du moment, de la prise de vue.
Les idées, les plans de mes projets sont souvent réalimentés ou ré axés en cours de route. Je ne me fis pas à des projets très strictes, cadrés si ce n’est pas le client qui me le demande.

Restons simple, simplifions les choses, comme on dit en anglais « Less is more ».  Au lieu d’écraser des projets avec des centaines d’images, j’aime plutôt recentrer les choses sur une ou deux images qui restent accrochées. C’est comme ça que j’ai toujours travaillé et que je continue à travailler. Ce qui m’est très important, si je suis dans un lieu, que je suis avec des gens, c’est de partager un maximum, c’est-à-dire de rester très ouvert, réceptif à d’autres idées, d’autres aspects. C’est comme ça que je progresse.

Ou trouvez-vous votre inspiration ?

Partout, je ne vais pas la chercher. Si je suis à l’extérieur, à l’intérieur, si j’écoute de la musique, si je parle avec des gens (c’est d’ailleurs pour ça que j’ai toujours un carnet avec moi) je prends des notes, et souvent le soir quand je les relis, je commence à trouver des idées, à les rassembler et je note le distillat dans un deuxième carnet. Si l’idée revient plusieurs fois, alors il est très probable que ça lance un projet. La plupart des projets que j’ai fait ont commencés comme ça. Au début c’était une idée, une rencontre, une musique, un son, une lumière, un texte ou un mouvement que j’ai retenu, que j’ai noté et qui m’est revenu plusieurs fois. C’est comme ça que je commence à articuler un projet. C’est souvent avec la musique, dans la nature, que j’ai fait naitre des projets. 

Quels messages/émotions souhaitez-vous transmettre à travers vos oeuvres ?

C’est une question très difficile puisqu’il y a des choses qui se transmettent, qui ne sont pas figées, qui ne sont pas terminée et qui demandent d’être réinterprétées par le spectateur. Quand je fais un développement, un agrandissement, ou que j’expose quelque part, je ne suis pas toujours 100% conscient de ce que je souhaite transmettre. C’est le langage pictural qui m’interpelle. C’est pourquoi je fais ce choix de l’image.

Il y a beaucoup de choses inconscientes qui sont retranscrites dans les œuvres et qui permettent une autre interprétation par le spectateur. Ça peut être la même interprétation, si on est sur la même longueur d’onde, si on se rencontre autour d’une image, d’une œuvre, avec les mêmes émotions, c’est magique. Mais la plupart des images, qui sont d’ailleurs souvent un peu abstraites, permettent une interprétation très personnelle du spectateur. J’aime ces rencontres avec les gens qui voient les œuvres, pour pouvoir en discuter avec eux. Il y a beaucoup de vécu et d’inconscient là-dedans et c’est ça qui m’est cher.
Un langage pictural c’est comme un poète qui écrit ; il ne sait pas toujours exactement ce qui l’a poussé à mettre sur papier ces phrases ou ces mots.

Avez-vous un souvenir de création que vous aimeriez partager ?

Oui c’est une des premières œuvres, qui m’a laissé très conscient. Une de mes premières photos, celle d’un cygne qui nageait sur l’eau. Quand j’ai développé cette pellicule je me suis rendu compte d’une chose ; un cygne c’est très esthétique, avec des formes spéciales, avec des reflets sur l’eau, et je me suis rendu compte combien il est compliqué de vouloir reproduire la nature sur un medium en deux dimensions. Ce qui m’a le plus interpellé avec cette image c’était de savoir comment faire cette photo, comment utiliser la technique photographique pour représenter quelque chose, qui est en soi un petit miracle. Que ce soit un cygne, une situation qu’on vit avec d’autres personnes.
Ce qui m’interpelle toujours, avant de déclencher l’obturateur, c’est de savoir si je vais avoir la capacité de capter cette image, ce moment, cette impression, de la retranscrire sur un support pour l’exposer, la montrer et me confronter avec d’autres personnes via cette œuvre.

J’ai toujours cette photo. C’est comme le premier morceau qu’on joue sur un piano, la montre qu’on a reçu pour sa première communion, pour moi c’est comme un symbole, ou un leitmotiv.

Si vous deviez choisir une oeuvre dont vous êtes le plus fier ? Pourquoi ?

C’est une image abstraite. J’ai rencontré une personne dans une forêt primaire et je n’ai pas voulu la sortir du contexte dans laquelle elle se trouvait. J’en ai fait une prise de vue avec une caméra obscura. C’est devenu une image un peu abstraite.
C’est ce qui m’interpelle le plus : transcrire mes impressions, pour ne pas se figer, trop se center sur un seul sujet, pour voir, revoir et ressentir les choses dans leur contexte.

C’est une photo que j’ai voulu enlever déjà plusieurs fois du cadre, là où elle se trouve, mais je n’ai jamais eu le courage de le faire parce qu’elle a quand même une grande importance pour moi et je crois qu’elle va rester encore un certain temps là où elle est.

Quels sont vos futurs projets ?

J’ai démarré il y a un an un très grand projet qui s’appelle « passé, présent ». J’ai développé une technique monochrome qui me sert à faire remonter des choses du passé, des moments, des personnages, des endroits, dans le présent. C’est un projet qui est très salvateur pour moi, et pour d’autres personnes, puisque je suis en train de développer le projet, avec une artiste, spécialiste du textile, qui fait des broderies dans ses images. C’est un projet qui a très bien démarré et qui a déjà beaucoup d’échos. C’est aussi un projet biographique, qui me tiens beaucoup à cœur. 

Les oeuvres de Gery Oth seront bientôt disponibles à la vente et à la location sur Art Work Circle. Inscrivez-vous à la newsletter pour être notifié dès la mise en ligne des oeuvres sur le site !

  • Quelle est la première chose que vous avez fait ce matin ? Du yoga, j’en fait tous les matins.
  • Quel est le sujet principal de votre travail en un mot ? Communication 
  • Vous ne quitteriez jamais votre domicile sans… Normalement un bloc note et un crayon et il m’arrive régulièrement de prendre un appareil photo, analogue de préférence 
  • Votre “happy place” ? Un rocher qui se trouve à côté de l’Alzette ou j’ai beaucoup de souvenirs d’enfance et beaucoup de souvenirs qui me touchent beaucoup. 
  • Votre mot préféré ? « merci » et «comment ça va »
  • Votre plaisir coupable ? Savourer un compliment et le partager. Un compliment c’est un acte de partage, plutôt rare, surtout les compliments sans arrières pensées. J’aime faire des compliments et en recevoir. 
  • Quel est votre projet rêvé ? Continuer de vivre de ce que je fais tous les jours. Ce qui me tiens beaucoup à cœur c’est le travail en communauté, avec des gens avec qui je m’entend très bien. Surtout pour des projets en association, par exemple autour de la poésie ou de la danse et de la photo, ce serait un projet rêvé.