Biographie

A la recherche d’un ailleurs (s’il est encore possible d’en trouver un sur Terre), c’est dans cette quête que se situe essentiellement l’art de Justine Blau. Née en 1977 à Luxembourg, Justine Blau fait des études d’arts plastiques à l’Ecole Supérieure des Arts Décoratifs de Strasbourg, puis, enchaîne avec un Masters in Sculpture au Wimbledon College of Art, University of the Arts London (2008). Cette combinaison plastique est accompagnée par sa recherche approfondie du rôle de la photographie dans notre monde complexe. Justine Blau s’est fait remarquer lors des expositions Ecotone au CNA à Dudelange (2009-10) ainsi qu’avec sa participation à Moving Worlds – Triennale Jeune Création (2010) au CarréRotondes avec des œuvres intrigantes, tant par leur réalisation technique que par le sujet, de grandes installations d’assemblages de photographies en trois dimensions posées au sol intitulées Somewhere Else (ailleurs). Justine Blau décide de partir à la recherche d’images sur Internet ayant un rapport avec le voyage, la découverte de nouveaux territoires, les terres vierges, l’inconnu, mais aussi l’exotisme. Pour ce faire, elle utilise des moteurs de recherche type Google et y entre les mots voulus (îles, paradis, ailleurs). Elle imprime ensuite ces images colorées sur du papier, les re-matérialise dans le Réel, pour ensuite les assembler en sculptures de fiction. A l’exemple d’un explorateur et découvreur de nouveaux mondes à travers l’Histoire, Justine Blau se fait l’exploratrice du monde virtuel : la grande bibliothèque mondialisée où l’image est omniprésente, témoignant de sa capacité à indexer et à « ranger le monde », mais aussi à le manipuler et à le simuler. Cela rejoint l’intérêt de l’artiste pour la conception de l’étranger élaborée en Occident ainsi que la construction de l’Orientalisme au XIXe siècle, symbole du rêve et de l’étranger à l’époque romantique. De la même façon, Justine Blau crée des paysages impossibles, de nouveaux mondes imaginaires, de nouvelles réalités virtuelles, microcosmes et terra incognita, questionnant les frontières culturelles du concept de « géographie imaginaire », théorisé par Edward Saïd.

Les « sculptures photographiques » de Justine Blau se situent dans la continuité de la tradition du photomontage dans l’histoire de l’art (László Moholy-Nagy, Man Ray, Kurt Schwitters). Ce sont avant tout des constructions visuelles en relief, des passages entre nature et culture, des simulations opérées par différents procédés optiques déformants empruntés au passé : trompe l’œil, miniature, effet de panorama, jeux de perspectives. La série The Perfect Escape (2008) consiste en de petits paysages idylliques disposés dans l’espace urbain quotidien. Les images trouvées dans des brochures touristiques d’agences de voyage appartiennent à l’imagerie touristique commerciale et répondent à l’esthétique idéalisée de la carte postale, de l’illusion et de la simulation, obéissant à des standards : pureté, beauté, paradis. Ainsi, Justine Blau nous fait comprendre que l’échappée parfaite est de l’ordre de la fiction. La miniaturisation du monde est retrouvée dans l’œuvre World in a box, alps (2011) exposée actuellement dans l’exposition Realfictions (Banque International à Luxembourg, jusqu’au 17 février). Un paysage suisse re-matérialisé suite à la recherche des mots « Suisse », « Schweiz » et « Switzerland » sur le Web. Le résultat aboutit à une vision archétypale d’un paysage savamment placé dans une vitrine au style de cabinet de curiosités ou de musée suggérant la rareté de l’objet exposé (collection, préciosité, maquette). Cette théâtralité du monde suggère également l’idée de perte et d’espèce disparue. Avec la série de caissons lumineux The circumference of the Cumanán Cactus (2010), répondant à une commande publique passée par la ville de Manchester pour une gare urbaine, Justine Blau s’est inspirée de la représentation de paysages exotiques épousant le principe d’affiches et de panneaux publicitaires à vocation touristique, de la vente de rêves et de voyages. Le cactus de Cumaná (Amérique du Sud), variété biologique rare d’une circonférence extraordinaire (1,54 m), fût découvert par Humboldt au XIXe siècle. L’œuvre évoque ainsi la quête de nouveaux territoires et les explorations scientifiques, mais aussi, par extension, le Grand Tour, ou encore la naissance du tourisme moderne. La perception du monde et le regard extérieur porté sur le village de Schengen par des non-Européens, pousse Justine Blau à créer une installation dans l’espace public pour le Kiosk de l’AICA à Luxembourg intitulée Schengenland (2011). « Ce qui me fascinait, c’est que le Luxembourg mon pays d’origine possède également un lieu mythique et je voulais participer à ce mythe en créant cette série d’objets, à nouveau entre fiction et réalité ». Suite à des recherches, Justine Blau se rend compte qu’il n’existe pas de représentations visuelles de Schengen. Elle décide de réaliser tout type d’objets de souvenir (tasses, assiettes, cartes postales), invente une imagerie fictive (symboles, effigies, blasons) et participe de cette manière à la construction visuelle et mentale de Schengen. Ainsi, le travail de Justine Blau se situe toujours dans le passage entre Réel et Virtuel, Nature et Culture, mais aussi dans la recherche d’un ailleurs possible, la construction de mondes théâtralisés, et plus récemment sur l’idée de paradis originel à partir de lieux prénommés « Paradis » avec la série d’animations vidéo Homo faber (2011) visibles sur www.justineblau.com – Txt : Didier Damiani, Paradis et simulations, portrait d’artiste paru dans Kulturissimo, 2011.

Parcours

Master en sculpture du Wimbledon College of Art, Londres

  • 2015
    • The Circumference of the Cumanán Cactus, Cité de l’image, Clervaux.
    • Tous les chemins mènent à Schengen, Frac Lorraine, Metz.
    • Don’t Panic. A harmless exhibition, Cape, Ettelbruck
  • 2014
    • The adventure of a photographer, Museo Laboratorio di Arte Contemporanea, Rome
    • The Project, Galerie Bradtke, Luxembourg
    • The world is blue like an orange, Arendt & Medernach, Luxembourg
  • 2013
    • Subjective maps / Disappearances, a Little Constellation project, National Gallery of Iceland
    • Los primeros emprendores, Galerie Toutouchic, Metz
    • Los primeros emprendores, Centre d’Art Dominique Lang, Dudelange
    • DistURBANces, – LandEscapes, MNHA, Luxembourg
    • Landmark : The Fields of Photography, Somerset House, London
    • Anatomicals, Bergman Berglind Gallery, Luxembourg
  • 2012
    • DistURBANces, MUSA, EMOP, Vienne Noorderlicht Festival, Terra Cognita, Museum Belvédère, Oranjewoud

Interview

Le processus de création

Photos: Mike Zenari /AWC.

Galerie

Art Scene