Biographie

Armand Strainchamps est né à Dudelange (Grand-Duché de Luxembourg) en 1955. En 1978, il intègre l’Académie Royale des Beaux Arts de Bruxelles et en 1979, l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Visuels de La Cambre. En 1985, il obtient un diplôme de l’ENSAV de La Cambre.

Est-il encore nécessaire de présenter Armand Strainchamps ? Qui n’a pas encore levé la tête dans la gare de Luxembourg et admiré ses fresques d’astres et constellations graphiques et ornementales, projetées comme une carte de l’univers néo-baroque sur la voûte de cette « Chapelle Sixtine » ferroviaire, ode architecturale célébrant la modernité et vestige de la révolution industrielle ?

S’il aime intervenir sur des constructions et collaborer avec des architectes, Armand Strainchamps est avant tout un peintre, un élément du grand Tout, qui puise, tel l’homme du Paléolithique le faisait sur les murs des grottes de Lascaux il y a des dizaines de milliers d’années, son inspiration dans la nature et le cosmos. Il reproduit ce qu’il voit, suivant un désir intérieur essentiel : pourquoi l’homme préhistorique ressentait également le besoin de reproduire le monde ? « C’est réel, c’est humain, cela fait partie de nous », répond Armand Strainchamps.

Reproduire, c’est copier, tout en y ajoutant son degré d’interprétations. C’est la magie de l’artiste, son pouvoir. Déjà étudiant à Bruxelles, Armand Strainchamps s’intéresse à la gravure, mais surtout à la photocopieuse comme moyen de créer, de contraster, de redimensionner, lui permettant de fragmenter son trait de crayon, sa ligne qui devient libre, et ne définit plus aucune frontière, ne dessine plus de forme reconnaissable. Un trait pour un trait, une forme pour une forme.

Ce pourquoi l’artiste sera rattaché à la tendance du Copy Art. C’est cet éclatement de la ligne qui intéresse Armand Strainchamps, car il ouvre l’espace et donne au spectateur la possibilité de s’investir dans la peinture. De la rêver. L’artiste a travaillé pour la gamme de photocopieurs Rank Xerox et exposé des photocopies. Il découvre Photoshop et commence à « trafiquer » ces images, les manipuler, les magnifier. Il photographie ses futurs modèles qu’il va ensuite peindre. « Je regarde les mannequins dans les magazines et dès que je peux, je les trafique !  J’aime aussi beaucoup la Street photography, pouvoir saisir l’instant, le geste moi-même, donc lorsque je visite une ville, je pars à la chasse ! »

Le temps et l’espace sont deux composantes fondamentales dans l’art d’Armand Strainchamps. Le cinéma va donc être décisif pour lui, fasciné par la temporalité et l’image et il produira lui-même des œuvres audiovisuelles. « Le cinéma et ses 24 images par seconde m’ont toujours fasciné, car l’image-cinéma est fragmentée comme dans la peinture. C’est un mouvement dans le temps. Dans la peinture aussi, il y a plusieurs temps : les espaces, les motifs représentés, les couleurs. Et en plus la peinture devient objet ». Ses peintures deviennent des stills, des séquences, des fragments d’un film. Des arrêts sur images.

« L’arrêt sur image vient du cinéma. Le ralenti et l’accéléré m’ont toujours fasciné. C’est fantastique ce qu’on peut faire avec ! La réalité disparaît. Utilisée dans la peinture, la représentation reste totalement ouverte. Lorsque l’on regarde une photographie, on perçoit le temps passé. En peinture, le temps est toujours maintenant. »

Dans son « Traité de la peinture » (De Pictura, 1435), l’humaniste italien Alberti définissait la peinture comme « une fenêtre ouverte par laquelle on puisse regarder l’histoire ». Une fenêtre ouverte sur le monde en somme.

Métaphore que l’on peut rapprocher de ce qu’Armand Strainchamps dit de son travail : « J’ai l’impression de créer des fenêtres. Des ouvertures en cadre, de voir plus loin ou différemment. Par le maniement de cette boue colorée qui une fois étalée donne à chaque fois une autre idée. » Le mur (de la grotte, de l’édifice), le cadre du tableau, de la fenêtre, l’écran de cinéma, les bords de la photographie, sont ainsi mêlés.

Le sujet lui, devient acteur dans les peintures : « J’utilise les gens que je peins comme des acteurs de cinéma, ce ne sont pas des portraits. Ce n’est pas du naturalisme, ce n’est pas concret. J’essaye de réinventer ». Les acteurs sont choisis de manière aléatoire, presque par hasard, ou plutôt par instinct parmi la pléthore d’images qui gouvernent le monde ou au gré des rencontres. Ils sont généralement distraits, un peu perdus. « Mes personnages sont comme dans un autre monde. Ils sont ailleurs et ne se rendent pas compte de ce qui se passe. Ce moment m’intéresse. »

Moments de doute dans la vie des protagonistes des films peints ou « peintures filmiques » d’Armand Strainchamps. Ces acteurs, beaucoup d’actrices, sortis de leur ordinaire pour être « mis en scène » par l’artiste, dans une reconstruction du Réel, une invention du quotidien, les sortants de leur réalité, techniquement réalisée par le choix de couleurs artificielles, acidulées, pop, tapent à l’œil, flashy, d’emprunts à différents styles (figuration, abstraction, ligne claire, art graphique, pop art), de formes symétriques, mosaïques, stripes colorés, rappelant la grille à la télévision.

Loin de tout naturalisme, les modèles sont méconnaissables, instrumentalisés, stylisés, élevés en icônes, plongés dans la fiction, ils jouent un rôle dans un film d’Armand Strainchamps, qui en est le réalisateur. Une superproduction ? On s’éloigne : « Je ne suis pas quelqu’un qui peint des bouches, des oreilles ou des mains. Cette forme, avant d’être perçue par la spectateur comme un nez, est juste une tâche noire peinte à l’horizontale sur la toile. » Alors, est-il encore nécessaire de présenter Armand Strainchamps ? L’homme est amateur de Rooibos (un thé sud-africain à la vanille), il écoute de la bossa nova en travaillant, il aime la peinture de Chuck Close, la ligne claire chez David Hockney, les photographies de Beat Streuli… Texte de Didier Damiani, suite à un entretien avec Armand Strainchamps, 19 août 2016.

Parcours

  • 2011
    • Prix Culturel de la ville de Dudelange
  • 2009
    • Filmpräis – Meilleure contribution artistique
  • 2018
    • -éclats-Galerie Schlassgoart, Esch sur Alzette
    • Intégration Artistique Centre de Rencontre, Reckange-Mess
  • 2017
    • New Works – Centre d’Art Dominique Lang, Dudelange
    • Paintings  – Galerie Nosbaum-Reding, Luxembourg
  • 2016
    • Arrêts sur images, House 17, organisée par Art Work Circle
    • The same as 10 times 16, Banque Internationale à Luxembourg
  • 2015
    • Galerie d’Art Municipale Diekirch
  • 2014
    • Galerie Dominique Lang – Dudelange
  • 2011
    • Galerie Dominique Lang – Dudelange Ambassade du Luxembourg – Berlin
  • 2010
    • Couleurs d’archives – Archives nat. de Luxembourg
  • 2009
    • Ernst & Young – Luxembourg
  • 2008
    • Galerie Dominique Lang – Dudelange
  • 2005
    • Galerie Dominique Lang – Dudelange
  • 2004
    • Exposition Banque Internationale à Luxembourg
    • 8ième Quinquennale d’Art Contemporain de la ville d’Esch-sur-Alzette (e. c.)
  • 2003
    • Prix d’Art Robert Schuman Luxembourg (e. c.)
  • 2002
    • Galerie Dominique Lang – Dudelange
  • 2000
    • Galerie Dominique Lang – Dudelange
  • 1999
    • Peinture murale dans le nouveau Centre Sportif de Dudelange
    • Toile décorative au chantier de la BGL, Bv. Royal
  • 1998
    • Peinture murale bâtiment I P L Luxembourg
    • Artemania – CAL Tutesall Luxembourg (exposition collective)
  • 1997
    • Peinture murale au site de la villa romaine à Walferdange
    • Galerie Dominique Lang – Dudelange
  • 1996
    • Galerie La Cité Exposition Internationale de la Peinture, Cagnes-sur-Mer France (e. c.)
    • Stèles pour notre temps -Banque Internationale Luxembourg (e. c.)
    • New Art in Luxembourg – Tokyo et Kanazawa – Japon. (e. c.)
    • Cercle Artistique de Luxembourg (e. c.)
  • 1995
    • Les colonnes de l’Agence Grand’Rue de la BGL
    • Sur invitation… Galerie La Cité (e. c.)
  • 1994
    • Galerie Municipale Esch-sur-Alzette Centre
    • Copy-Art, Montréal Canada
    • Peinture au Plafond de la Gare de Luxembourg
  • 1993
    • Carte blanche à … J-P Schneider, Centre Culturel Français, Luxembourg (e. c.)
    • Peinture murale au Hall Omnisports de l’Athénée à Luxembourg
    • Galerie Art Wall + B. New York USA (e. c.)
    • 100ème Anniversaire Cercle Artistique de Luxembourg (e. c.)
    • Galerie Bettina Mickan Wiesbaden Allemagne (e. c.)
  • 1992
    • Centre Copy-Art, Montréal Canada
    • Cercle Artistique de Luxembourg (e. c.)
    • Série Limitée 6, Château de Stadtbredimus, Luxembourg
    • Galerie La Cité « Petits Formats » (e. c.)
  • 1991
    • Galerie La Cité -Espace 2, Luxembourg
    • Melkfabriek Sittard, Pays-Bas (e. c.)
    • Cercle Artistique de Luxembourg (e. c.)
  • 1990
    • Galerie La Cité, Luxembourg (e. c.)
    • Peinture murale au Centre Sportif René Hartmann, Dudelange
    • Cercle Artistique de Luxembourg (e. c.)
  • 1989
    • Cercle Artistique de Luxembourg (e. c.)
  • 1987
    • Berchem-Anvers Combiné luxembourgeois (e. c.)
  • 1985
    • ISELP, Bruxelles « Travaux en cours » (e. c.)
  • 1984
    • Les Angles, Avignon (e. c.)
  • 1980
    • Galerie Dominique Lang Dudelange

Interview

Le processus de création

Galerie

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